LES TERRILS DU 11/19 A LOOS-EN-GOHELLE

Les terrils du 11/19 à Loos-en-Gohelle sont sans doute les plus connus de la région. Ils dominent le site qui a servi de centre emblématique pour le classement du Bassin minier sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. Ces terrils sont, par définition, des vestiges de l’époque du charbon. Mais ils sont également des milieux propices à la vie de nombreuses espèces. Les humains ont saccagé les lieux pendant des décenies, et on observe aujourd’hui l’épanouissement d’écosystèmes. Les terrils du 11/19 constituent un site précieux.

Terril 74b, site du 11/19. Loos-en-Gohelle juillet 2014

Terril 74b, site du 11/19. Loos-en-Gohelle juillet 2014

Avec 187 mètres, les terrils du 11/19 sont considérés comme les plus hauts d’Europe. De nombreux oiseaux migrateurs les ont repéré comme une étape intéressante dans leur parcours, et y séjournent parfois toute la saison. Plus généralement, l’ensemble est constitué des terrils 74, 74a et d’un bassin de décantation (74b) qui couvrent 10 hectares. C’est un espace naturel important, comme une parenthèse entre les villes, l’autoroute et la zone d’agriculture intensive plus au nord.

Les terrils sont deux cônes monumentaux reliés entre eux par un plateau. Au pied des terrils, la plaine est boisée. On monte vers le plateau on longeant les pentes minérales des terrils, on peut observer que le sol a glissé par endroit, suivant des coulées de boues noires. Les pentes caillouteuses sont partiellement recouvertes de plantes. Le plateau est un espace battu par le vent. Le sol noir, minéral, est couvert par endroit d’une mince couche de matière organisaue. Il s’agit d’un humus formé par des végétaux et des excréments de lapins décomposés. Des mousses, des herbes rases et des buissons s’y développent.
Cet ensemble, bien que peu couvert, abrite de nombreuses espèces animales. les naturalistes ont ainsi répertorié 82 espèces d’oiseaux dont 25 nicheuses, 2 espèces de batraciens et de reptiles, 12 de mammifères, 9 de libellules et quelques 53 papillons de jour et de nuit.

Parmi les écosystèmes présents, on observe une zone humide. Il s’agit de l’ancien bassin de décantation qui donne naissance à un étang temporaire. Il est colonisé par une roselière. Ces roseaux profitent d’une eau peu profonde, qui est également le lieu de vie d’un crapeau, le crapaud calamite ou crapaud des joncs. Cet animal nocturne au chant caractéristique est protégé en France, il est classé parmi les espèces « à surveiller » par le livre rouge des vertébrés de France.

Les terrils du 11/19 présentent bien d’autres particularités notables et nous auront l’occasion d’y revenir par d’autres articles. D’une façon générale, cette zone naturelle a de la valeur en elle-même, pusqu’elle consitue un ensemble d’écosystèmes complexes. La vie d’épanouit au 11/19. Ce lieu a aussi une valeur pédagogique, puisqu’il permet de constater les bienfaits du recul de l’activité humaine sur la vie des autres espèces.

AIDONS CALLAAN DANS SON COMBAT POUR LA VIE

Nous soulignons fréquemment le travail courageux et indispensable des associations qui viennent en aide aux animaux dans la région, et notamment des amis des chats. L’association Chats-Urges par exemple est particulièrement efficace. Elle est présente dans de nombreux secteurs grâce à un réseau important de bénévoles à l’engagement sans faille. Callaan est l’un des nombreux chats pour lesquels l’association agit.

Calaan, printemps 2014. (image réalisée à partir d'une photo de Facebook)

Calaan, printemps 2014. (image réalisée à partir d’une photo de Facebook)

Les chats sont l’objet d’une sorte de fascination et de mépris à la fois, selon les individus et les lieux. Ils peuvent être traités avec respect,comme des membres de la famille. Mais la grande majorité des chats sont abandonnés, laissés pour compte dans les villes ou à la campagne.

Une des questions qui divisent les associations est celle de l’euthanasie. Nous avons déjà dit qu’il est nécessaire de connaître les pratiques des refuges de son secteur pour savoir ce que deviennent les animaux que l’on secourt. Certains refuges et certaines associations tuent les animaux pour faire de la place passé un certains délai, certains éliminent les animaux jugés trop vieux ou malades.

Derrière cela, il y a la reconnaissance, ou non, du fait que les animaux ont une vie pour eux-même. C’est fondamental.

Callaan est un vieux chat des rues qui a été pris en charge il y a quelques mois par les Chats-Urges. Il est en famille d’accueil longue durée, et ne sera pas proposé à l’adoption. En effet, Callaan est très malade. Il souffre notamment de tumeurs cancéreuses. Il ne pourra pas guérir, mais le but qu’il puisse profiter le plus longtemps possible de sa nouvelle vie. Son protocole de radiothérapie a déjà commencé et le cancer est stabilisé. Calaan devra bientôt débuter un autre cycle de soins. L’association a besoin d’aide pour payer les frais vétérinaires.

Son histoire est racontée à la première personne sur une page facebook qui lui est consacrée. En voici un extrait :

Je m’appelle Callaan pour ceux qui ne me connaissent pas encore et je vais vous raconter mon histoire…

En décembre 2013, j’ai été trouvé dans un hangar. J’avais froid, j’avais faim, j’étais malade et je n’avais plus de force. J’étais décidé à me laisser mourir… Quel choix s’offrait à moi ? J’étais sale, repoussant, j’avais un oeil mort, les humains me regardaient avec mépris, dégoût…On me repoussait, on me donnait des coups de pied pour me chasser, j’étais devenu un objet repoussant.

Je ne me souviens plus exactement de comment c’était avant, avant la rue, avant la douleur, avant la souffrance…Mais, j’ai vécu dans une maison jusqu’au moment ou on s’est lassé de moi, tout simplement…

J’ai du apprendre à survivre…alors qu’on ne m’avait appris qu’à vivre…

Il y a 5 mois, je n’en pouvais plus et j’avais décidé d’arrêter le combat. Je souffrais, je n’avais aucun espoir…J’allais mourir dans ce hangar.
Et puis, j’ai entendu des voix au travers du brouillard et une dame est venu vers moi et lorsque j’ai vu sa main, je me suis replié sur moi même, j’ai cru qu’elle allait me frapper mais comment aurait il pu en être autrement ? Je n’ai reçu que de la souffrance de la part des hommes…
Elle m’a emmené et ma vie a changé ce jour là…
Je me suis retrouvé au chaud en intérieur, on m’a donné à manger, à boire, j’ai vu un grand monsieur: le vétérinaire avec ses grandes mains qui m’ont fait peur…
Il m’a donné des médicaments et j’ai commencé à aller mieux.
J’avais du mal à croire ce qui m’arrivait, tout se passait comme dans un rêve.
Depuis 5 mois, un ange veille sur moi et tout le monde dit qu’il n’y a qu’à voir comment je la regarde pour se rendre compte de la belle complicité qui existe entre nous.

Il y a quelques temps, on s’est aperçu que j’avais de « drôles » de boules à la mâchoire et dans le cou et aujourd’hui, je suis allée dans une super top clinique.
Vous imaginez, moi, le chat des rues rentrer dans une clinique comme ça ???

On m’a endormis, on m’a fait des examens et….
En me réveillant, j’ai vu les larmes autour de moi…
J’ai compris que le rêve allait s’arrêter là…et j’ai eu envie de miauler toute l’injustice que je ressentais…
Pourquoi maintenant ?

La seule façon de me permettre de vivre encore, c’est de faire de la radiothérapie. Sans ça, je serais sans doute mort dans quelques mois d’un cancer généralisé. Il faut que la radiothérapie bloque la propagation des tumeurs cancéreuses et les détruisent.
A ce prix, je pourrais vivre…
Tout ça a un prix, le budget total est de 1200 euros.
C’est juste le prix de ma vie…
Ne me laissez pas mourir, aidez l’association à me sauver, je veux juste encore profiter d’un peu de bonheur…

Les dons sont possibles par virement bancaire et par chèque. Merci de contacter Laura Chats Urges afin d’avoir les coordonnées bancaires ou postales Une cagnotte leetchi a été mise an place:

https://www.leetchi.com/c/association-chats-urges-callaan

Des cartes à cases sont disponibles ainsi que des portes clés à l’effigie de Callaan. Contactez Sensory Blue

LE PARC DES CYTISES A LENS : UNE LOGIQUE DE BASSE-COUR

Le parc des cytises est, avec le Parc de la glissoire, un des principaux lieux de promenade en plein air pour les habitants de Lens. De nombreuses familles s’y rendent le week-end ou pendant les vacances scolaires. C’est un jardin public qui permet de voir des animaux. Mais ce parc n’est pas un espace naturel, tout y est très éloigné de la vie sauvage.

parc des cytises - lensLe parc des Cytises se trouve sur le territoire de la Commune de Bénifontaine, coincé entre l’aérodrome et le centre commercial « Cora Lens 2« . Ce parc est géré par la Communauté d’Agglomération de Lens-Liévin. Il occupe 15 hectares. Plus de 500 animaux appartenant à 85 espèces y sont montrés aux visiteurs.

On peut voir des animaux d’espèces locales comme des daims, des pigeons, des chevreuils, des ânes, des poneys, des chèvres et des faisans. Des espaces sont aussi aménagés pour recevoir des animaux qui vivent dans des régions parfois éloignées. La plupart de ces animaux ne sont pas migrateurs et doivent donc s’acclimater. On citera par exemple les porcs-épics, les aras, les grues royales, les lophophores, les lamas et les paons.

A l’exception des paons qui circulent « librement » dans les allées du parc, tous les animaux sont dans des enclos grillagés, des cages ou des volières. Le nombre des animaux est très important par rapport à la surface du parc. De ce fait, l’espace réservé à chaque animal est vraiment faible. Nous avons évalué la volière des lophophores à 20 mètres carrés. Les porcs-épics disposent quant à eux d’un espace d’environ 30 m2, leur « terrier » est composé de deux tuyaux de bétons partiellement enfouis dans le sol.

La description qui est faite du parc des cytises sur le site internet de l’office de tourisme et du patrimoine de Lens-Liévin énonce que : « Le Parc des Cytises est un de ces lieux privilégiés où se rencontrent l’homme, la flore et la faune. » De fait, le parc est un établissement de présentation d’animaux au public. Il est certain que les animaux ne sont pas -au sens strict- victimes de maltraitance.  Du personnel nourrit les animaux, maintient les lieux dans de bonnes conditions d’hygiène et les services vétérinaires soignent les animaux malades.

Mais les animaux sont en prison et cette situation est évidemment très éloignée de la vie qu’ils auraient dans leurs milieux. Par exemple, un émeu ne peut pas courir dans un espace clos de quelques centaines de mètres carrés, un perroquet ne peut pas prendre son envol dans une volière de 3 mètres de haut. Les animaux ne peuvent tout simplement pas s’épanouir au parc des Cytises.

Les visiteurs, dont beaucoup d’enfants, sont dans une position qui rend impossible la compréhension de la vie des animaux présentés. Les panneaux contiennent des informations contestables et largement centrées sur les humains. On peut lire par exemple devant l’enclos des lamas :« Avant le débarquement des espagnols en Amérique du sud, le lama était le seul animal domestique. Il était utilisé comme bête de somme. » Quel enseignement les visiteurs peuvent-ils tirer de cela en dehors du fait que le lama aurait de tout temps était exploité par les humains? Quel est le mode de vie des lamas en dehors des humains? Les visiteurs n’en sauront rien…

L’accès au parc est gratuit, ce qui en fait un lieu populaire de promenade en famille. Les visiteurs Citadins venus de l’agglomération lensoise n’ont pas accès à la nature en venant là. Le parc des Cytises est une caricature glauque d’espace naturalisé, entouré de grillages et de haies au travers desquelles on peut voir les murs du centre commercial. Tout y est inhospitalier, même les berges en plastique de la mare aux canards sont hostiles à la vie animale. Le gestionnaire du parc parle de ces animaux comme d’un cheptel. Cette expression tirée du vocabulaire agricole traduit bien l’esprit qui domine. Les animaux sont dans des enclos. Les humains circulent dans les allées et passent d’un clapier à un autre. Le parc est une sorte de basse-cour qui renvoie une image tordue de la nature.

LA LEGENDE DE MARIE GROETTE ET DEMAIN

Le Pas de Calais est traversé par de nombreux cours d’eau, des fleuves, des rivières. Les huit proncipaux sont l’Authie, la Ternoise, la Planquette, la Créquoise, le Bras de Brosne, la Lys et l’Aa. La région est aussi criblée de mares, de lacs et d’étangs, qu’ils soient d’origine naturelle ou créés par l’Homme. L’eau est, en plus de la pluie, une préoccupation importante des gens du pas de calais. Un personnage mythique illustre bien cet intérêt. C’est Marie Groette.   

Wateringues, près de Saint Omer. Avril 2014

Wateringues, près de Saint Omer. Avril 2014

L’origine de la légende de Marie Groette est méconnue, et peu nous importe. Ce qui est frappant, c’est qu’elle soit encore si vivace. Grosso modo, les personnes qui ont grandi au sud d’une ligne Etaples-Saint Omer connaissent Marie Groette. La légende raconte que ce personnage féminin guette les enfants qui s’approchent trop près de l’eau et les noie. Pour attraper les enfants, et les maintenir au fond de l’eau, Marie Groette se sert de son « groet« , c’est à dire d’un outil paysan, un croc à quatre dents.

La domestication de l’eau est un enjeu dans le Pas de Calais. Au Nord-Est, les humains ont drainé les sols au moyen de watringues (watergang) pour obtenir des polders. La terre agricole a été arrachée à la mer par la force du travail.  Le groet est donc l’outil qui permettait aux paysans de cultiver le sol riche en matière organique qu’ils avaient gagné sur l’eau. Dans le bassin minier, autrefois, l’eau été pompée du sous-sol pour permettre l’exploitation de la houille. La domestication de l’eau a, de manière générale, amené de la prospérité. Bien entendu, l’eau a bien du faire quelques noyés dans le même temps…

Aujourd’hui encore, les wateringues doivent être entretenus et ajustés pour éviter les inondations. Des controverses existent sur le devenir de certains polder, on imagine que certaines zones doivent redevenir des zones de marais, ce qui crée des conflits d’intérêt. Dans le bassin minier, la gestion de l’eau est un casse-tête, puisqu’elle est à la fois largement polluée et imprévisible. Les sous-sols sont saturés de produits chimiques laissés par les activités humaines. Et puis les mouvements du sous-sol perturbent le cycle de l’eau, effondrant des réservoirs naturels, provoquant des effleurements de la nappe phréatique et allant même jusqu’à modifier le sens du cours des rivières.

Marie Groette est toujours présente dans l’imaginaire des habitants du Pas de Calais. La culture paysanne et les légendes liées à la nature posent, même si c’est de manière confuse, des questions importantes concernant notre milieu. Le tout est de savoir si nous pourrons y trouver l’élan nécessaire à la compréhension de la réalité matérielle, ce qui est indispensable pour faire face aux enjeux de demain.

AU BOIS DE LA LOUVIERE, LA VIE INSPIRE LE RESPECT

Le bois de la Louvière fait partie de l’ensemble forestier du bois des Dames (630 hectares), encadré par les agglomérations de Bruay-la-Buissière, Lapugnoy, Marles-les-Mines et Gosnay. Le bois de la Louvière a des particularités qui en font un milieu rare. Il est situé sur une petite colline et présente une alternance de sols secs et humides, on compte de plus de 500 mares. Par endroit, le sol est sableux, comme s’il s’agissait d’une dune. Le bois de la Louvière est répertorié comme un « secteur de grand intérêt biologique ou écologique » parmi les « Zones Naturelles d’Intérêt Ecologique Faunistique et Floristique ».

Bois de la Louvière, Lapugnoy. Juin 2014

Bois de la Louvière, Lapugnoy. Juin 2014

Le bois est parsemé d’un véritable réseau de pièces d’eau. Plus de 500 mares, dont certaines ont été formées à partir d’impacts de bombes de la seconde guerre mondiale, sont des lieux de vie pour de nombreux animaux. Huit espèces d’amphibiens sont répertoriées, dont la grenouille rousse.
Ce réseau de mares a également un rôle important dans le cycle de l’eau et la conservation de la structure des sols. En effet, les mares forment des retenues d’eau dans la pente. Ainsi, l’eau de pluie qui ruisselle descend lentement. Elle est en quelque sorte stockée naturellement. Ce phénomène évite que l’eau arrache la couche visible du sol en suivant la pente et l’emmène en contrebas. L’eau pénètre donc lentement dans le sol, en traversant les différentes couches organiques et minérales qui jouent un  rôle de filtre. Cette eau est consommée par les végétaux qui s’épanouissent sur les différents types de sol du bois. Les mares sont donc des alliées actives au développement de la vie dans le bois.

La mare centrale est de taille plus importante. Elle a une couleur foncée, comme si son fond était noir. Elle est bordée de plantes très diverses allant de l’herbe rase de type gazon aux grandes fougères comme on en trouve dans les sous-bois humides en bas de la colline. Cette mare est remarquable. Elle constitue un exemple magnifique du fait que la vie est capable de se développer dans des milieux qu’on pourrait croire hostile. Moins de 350 sites sont comparables en France, et quatre seulement dans le Nord – Pas de Calais. L’eau de cette mare est pauvre en nutriments et particulièrement acide. Pourtant, on peut voir de nombreuses espèces végétales pousser dans cette eau qui est également peuplée d’animaux. La vie triomphe de toutes les difficultés.

Plus haut dans le bois, on trouve une clairière. Cette zone, fleurie au printemps, est en fait une grande sablière. Ce sable est le témoin d’une époque lointaine à notre échelle (60 millions d’années environ) à laquelle la mer était présente. Aujourd’hui, ce sol de sable (et donc acide) permet le développement d’espèces végétales et animales qui dépendent de ce milieu riche en silice.

Le bois de la Louvière est connecté au reste du bois des Dames qui est lui-même proche du bois de Roquelaure, de l’autre côté de l’agglomération de Lapugnoy. Il constitue donc un maillon d’une vaste chaîne de milieux naturels. Cette interconnexion permet la présence d’espèces vivant dans de grands espaces. On sait ainsi que la Bondrée apivore, grand rapace se nourrissant d’insectes, est présente dans ces bois l’été.

Les humains ne voient pas la Terre comme la Bondée apivore. Cet animal migrateur sait qu’après avoir passé l’hiver dans une forêt humide d’Afrique centrale, il va pouvoir trouver en été à Lapugnoy, au bois de la Louvière, le milieu précieux indispensable à sa survie. Les humains ont vu au cours du 20ème siècle que la silice de la butte sableuse pouvait être utilisée pour l’industrie du verre. Ils l’ont alors exploitée. Jusque là, le bois « de l’abri des loups » (le sens du mot « Louvière ») était considéré comme un lieu hostile aux humains, inutile puisque sa terre n’était pas cultivable.

Aujourd’hui, nous savons que ce milieu est précieux. Pourtant, en circulant sur les sentiers tracés dans le bois, on voit flotter dans les mares des emballages de chips, on trouve des canettes de bière à moitié enfoncées dans le tapis de feuilles mortes… C’est le signe que nous ne sommes pas capables de nous connecter à ce milieu où la vie pulse de partout. C’est le signe  de l’individualisme destructeur selon lequel ce qui n’appartient à personne, chacun peut se l’approprier !
Ce comportement qui détruit la vie avec cynisme ne peut pas triompher, il est contraire à la vie de la Terre. Il doit être combattu et disparaître.

PLATE-FORME DE MARQUION – TOUJOURS PLUS DE BETON

Canal Seine Nord Europe – Monsieur le Président « C’est maintenant ». C’est le titre donné à un recueil de lettres ouvertes d’élus et de chefs d’entreprises au Président de la République pour demander l’activation du projet de canal Seine-Nord. Pour réclamer sa mise en eau en 2022, ces notables des départements au nord de Paris mettent en avant l’intérêt prétendument écologique du projet. En réalité, le projet et sa réalisation seront essentiellement tournés vers les humains.

canal-dourgesLe projet de canal Seine -Nord Europe repose sur la liaison Seine-Escaut modifiant les transports dans le nord de l’Europe. Il vise à relier par un nouveau canal à grand gabarit le port du Havre au Benelux. L’idée est portée par la corporation française du transport fluvial depuis le milieu des années 1970 et a été réactivée dans le cadre du « Grenelle de l’environnement ».
L’ampleur des travaux à réaliser est impressionnante. Il faut bâtir un canal à grand gabarit de 106 km de long, sur 54 mètres de large. Ce canal reliera le canal Dunkerque-Escaut à grand gabarit  à l’Île-de-France via l’Oise. Cela permettra de mieux connecter les ports du Havre et de Rouen, avec les ports de Dunkerque, Anvers et Rotterdam, ainsi qu’avec le réseau fluvial du Benelux et le bassin du Rhin.

Le trajet des super-péniches sera ponctué de séquences de chargements et de déchargements de leurs marchandises. Pour réaliser ces opérations, un certain nombre de plates-formes multimodales (entre 2 et 5 selon les hypothèses de financement) seront créées au fil du canal. Ces plates-formes sont des zones industrielles consacrées à la logistiques des transports. Le terme « multimodal » signifie que différents modes de transports sont reliés sur ces zones qui sont en fait de gigantesques nœuds routiers. Les marchandises sont passées d’un mode de transport à un autre : le train, le camion, le bateau, l’avion…
Dans le Pas de Calais, une de ces plates-formes sera installée à Marquion, dans le sud-est de l’Artois.

Le projet est présenté comme une avancée du développement durable. Alain Geste, député de la Somme, Vice-Président de la Commission du développement durable et de l’aménagement du territoire à l’Assemblée Nationale, et signataire de l’une des lettres ouvertes en faveur du projet l’affirme : « l’enjeu est double : à la fois économique et écologique. En cela, c’est véritablement un projet de développement durable. »
Il ne s’agit donc pas d’un projet développé pour la Nature, pour préserver les écosystèmes, mais pour tenter de concilier « l’économie et l’écologie ».
Patrice Carvalho, député de l’Oise, Maire de Thourotte et signataire d’une lettre ouverte précise qu’ « une péniche de 1500 tonnes émet 4 fois moins de CO2 à la tonne transportée qu’un poids lourd ».

Mais en réalité, il s’agit d’augmenter la quantité de marchandises transportées, en désengorgeant les axes de transports existants, notamment les autoroutes. La question n’est pas de savoir quel est le mode de transport le moins polluant à égalité de matière transportée. Le but est d’augmenter le flux des transports, la quantité de marchandise transportée, donc pas moins de CO2 en vue !
Et, avant cela, il faudra construire le canal. Des milliers d’hectares de terres agricoles ont été placées en réserve foncière. 55 millions de mètres cubes de terre devront être déblayées pour réaliser les travaux.

La construction du canal, et la mise en fonction des plates-formes multimodales, c’est une grande opération de bétonnage. Du béton en plus de celui qui existe, et non du béton en moins.
Pour s’en convaincre, il suffit de voir ce qui s’est passé depuis la mise en place de la plate-forme multimodale de Dourges. Le trafic sur l’autoroute A1 n’a fait qu’augmenter, son entrée en fonction en 1999n’a donc pas eu d’effet positif. En plus, les entrepôts qui entourent la plate-forme proprement dite ont grignotté 15 hectares supplémentaires et devraient voir arriver une nouvelle série d’entrepôts de 300 000 m2 d’ici deux ans. Pour toutes ces installations, il faut des routes, du béton, tirer des câbles électriques, passer des conduites de gaz, d’eau et d’assainissement.

Il n’y a aucune raison que la plate-forme de Marquion suive une autre voie que celle de Dourges, celle de l’approfondissement de l’empreinte des humains.