NORD-PAS DE CALAIS : L’ALCOOL POUR ANESTHESIE

Il n’y a pas une fête de famille sans bière, pas une manifestation publique sans sa buvette, pas un match de foot sans son lot de mecs bourrés. Dans le bassin minier, nous baignons très jeunes dans la culture de l’alcool, en particulier de la bière. Une récente étude de l’administration fait un point sur la consommation de drogues dans la région Nord-Pas de Calais. Le constat est contrasté, mais la tendance générale ne va pas dans le bon sens.

La grosse berline - Sallaumines, mai 2014

La grosse berline – Sallaumines, mai 2014

L’institut national de prévention et d’éducation pour la santé (INPES) est un établissement public, donc une structure de l’Etat. Il fait partie de la grande hypocrisie de l’Etat à propos des drogues : certaines sont interdites, d’autres sont subventionnées. Tout le monde sait que la consommation de ces marchandises cause des drames dans la vie des gens, comme des maladies, des morts, des crimes… L’Etat entretient le trouble et au lieu de trancher clairement, il choisit de faire des études et de « gérer » la question. L’INPES a notamment pour rôle de réaliser des statistiques et de rendre des conclusions.

L’étude qui nous a intéressé détaille les consommation de drogues dans la région. Une partie de la population dont l’âge est compris entre 15 et 75 a été intérrogé sur l’usage de tabac, de cannabis, d’ectasy, de champignons, de poppers, de cocaïne et d’alcool. L’Institut conclut que les habitants du Nord-Pas de Calais consomment moins de cannabis et d’auters drogues illégales que ceux des autres régions en moyenne.
Ces résultats sont donc positifs sur ce point. Moins de drogues consommées dans le Nord-Pas de Calais, cela semble un indicateur positif de la santé des gens. Cependant, il faut relativiser les résultats car ces chiffres sont obtenus sur la base d’un échantillon de la population (et non sur l’intégralité des gens), et sur la base d’un témoignage (et pas d’un test médical). On peut être sur qu’une étude systématique aurait des résultas différents.

L’étude aborde la question de la consommation d’alcool et forme la synthèse suivante :

« l’usage quotidien d’alcool chez les adultes apparaît plus fréquent dans les Pays-de-la-Loire, ainsi qu’en Nord-Pas-de-Calais, Languedoc-Roussillon et Midi-Pyrénées, et moins courant en Île-de-France, Haute-Normandie et Lorraine. Certaines des régions surconsommatrices se distinguent également par des fréquences plus élevées d’épisodes d’alcoolisations ponctuelles importantes (API) ou d’ivresse(s) dans l’année (Pays-de-la-Loire, Midi-Pyrénées, Languedoc-Roussillon), tandis que le Nord-Pas-de-Calais présente des niveaux d’ivresse(s) inférieurs au reste de la France. »

Donc, les ch’tis consomment plus d’alcool au quotidien, mais se prennent moins de cuites.

L’INPES conclut qu’il s’agit d’une bonne nouvelle en terme de santé publique. En réalité, cela ne va pas dans le bon sens. Car cela traduit essentiellement une réelle accoutumance à l’alcool. Les gens déclarent ne pas avoir d’épisode d’ivresse, mais boire chaque jour… C’est que l’ivresse apparaît quand on perd les pédales, quand on est surpris par les effets du produit. Or, il est évident que quand on boit chaque jour, on connaît parfaitement les effets du produit, on n’en est plus surpris. Il ne faut pas se réjouir de ces conclusions, mais bien considérer que cela va dans le mauvais sens.
Les habitants du Nord-Pas de Calais consomment massivement l’alcool. Contrairement à une autre tendance française à l’alcoolisation rapide forte et ponctuelle, ils s’imprègnent quotidiennement, lentement, sans sentir vraiment les effets. Ce n’est pas une fuite vers les paradis artificiels dans un délire psychédélique, mais un long endormissement des sens et de la conscience, comme une anesthésie.

LE REFUS DE LA DECHEANCE

La société française, dont le bassin minier du Pas de Calais est une partie, est marquée par l’individualisme. Dans l’ambiance générale, chacun peut bien faire ce qu’il veut. C’est le règne du laisser-aller, du « j’m’en-foutisme ». Au nom d’une soit-disant liberté absolue, chacun peut se défoncer, boire, consommer du sexe, sans se soucier des conséquences pour les autres individus et pour la société entière.

Contre cela, les personnes straight edge (et vegan edge bien sur) se font le serment de respecter les principes d’un mode de vie positif. Selon la formule, il s’agit de « rester vrai » (« stay true ») à soi-même et aux autres. Nous nous protégeons et nous protégeons les nôtres contre la déchéance, contre la chute dans le toujours plus glauque. Renoncer à cette vie, ce serait trahir. Inacceptable.

 

La déchéance

Tu peux tourner le dos au mouvement
mais tu ne peux pas reprendre le contrôle
le sang que tu as versé
c’était en vain
c’était tout ce que nous avons fait
juste pour le respect
mais p*** tu croyais quoi?
Quelle pensée t’a traversé la tête?
Je me souviens quand tu as fait ton serment, tu as dis dit : « pour la vie »
Mais p***, tu n’es pas mort!

Comment tu vis avec ta honte?
Je ne peux plus avoir confiance dans ce que tu dis

Jamais en 15 années je n’ai douté
Pas même pour un instant
rien, personne, pas une pensée, ne peut me détourner de cette cause
Détourne le regard, ce que je dis est vrai
Rien ne change jamais
Sauf toi
N’essaie pas de te justifier
C’est celui que tu as dit que tu serais

Qu’est-ce
que tu essaies d’être là?
Tu t’es moqué de tout ce dont je suis fait
et il n’y aura pas de compassion pour les traîtres
pas de pitié pour les traîtres

 

The Downfall

you can turn your back on the movement
but you can’t take back control
the blood you shed
was all in vain
it was all we did just for respect
what the fuck were you thinking?
what thought ran through your head?
I remember when you gave your oath and you said, « for life »
But you’re not fucking dead.

How do you live with your disgrace?
Now I can’t trust anything you say

Never in 15 years have I ever doubted this
Not even for a moment
Nothing, no one, no thought, can take me from this cause
Losing sight, nothing is incompetent
Nothing ever changes
Except you
Don’t try to back yourself up
That’s who you said you were

What
are you trying to be?
You’ve made a mockery of everything I’m made of
and there will be no compassion for traitors
no compassion for traitors
hyah

LES TERRILS DU 11/19 A LOOS-EN-GOHELLE

Les terrils du 11/19 à Loos-en-Gohelle sont sans doute les plus connus de la région. Ils dominent le site qui a servi de centre emblématique pour le classement du Bassin minier sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. Ces terrils sont, par définition, des vestiges de l’époque du charbon. Mais ils sont également des milieux propices à la vie de nombreuses espèces. Les humains ont saccagé les lieux pendant des décenies, et on observe aujourd’hui l’épanouissement d’écosystèmes. Les terrils du 11/19 constituent un site précieux.

Terril 74b, site du 11/19. Loos-en-Gohelle juillet 2014

Terril 74b, site du 11/19. Loos-en-Gohelle juillet 2014

Avec 187 mètres, les terrils du 11/19 sont considérés comme les plus hauts d’Europe. De nombreux oiseaux migrateurs les ont repéré comme une étape intéressante dans leur parcours, et y séjournent parfois toute la saison. Plus généralement, l’ensemble est constitué des terrils 74, 74a et d’un bassin de décantation (74b) qui couvrent 10 hectares. C’est un espace naturel important, comme une parenthèse entre les villes, l’autoroute et la zone d’agriculture intensive plus au nord.

Les terrils sont deux cônes monumentaux reliés entre eux par un plateau. Au pied des terrils, la plaine est boisée. On monte vers le plateau on longeant les pentes minérales des terrils, on peut observer que le sol a glissé par endroit, suivant des coulées de boues noires. Les pentes caillouteuses sont partiellement recouvertes de plantes. Le plateau est un espace battu par le vent. Le sol noir, minéral, est couvert par endroit d’une mince couche de matière organisaue. Il s’agit d’un humus formé par des végétaux et des excréments de lapins décomposés. Des mousses, des herbes rases et des buissons s’y développent.
Cet ensemble, bien que peu couvert, abrite de nombreuses espèces animales. les naturalistes ont ainsi répertorié 82 espèces d’oiseaux dont 25 nicheuses, 2 espèces de batraciens et de reptiles, 12 de mammifères, 9 de libellules et quelques 53 papillons de jour et de nuit.

Parmi les écosystèmes présents, on observe une zone humide. Il s’agit de l’ancien bassin de décantation qui donne naissance à un étang temporaire. Il est colonisé par une roselière. Ces roseaux profitent d’une eau peu profonde, qui est également le lieu de vie d’un crapeau, le crapaud calamite ou crapaud des joncs. Cet animal nocturne au chant caractéristique est protégé en France, il est classé parmi les espèces « à surveiller » par le livre rouge des vertébrés de France.

Les terrils du 11/19 présentent bien d’autres particularités notables et nous auront l’occasion d’y revenir par d’autres articles. D’une façon générale, cette zone naturelle a de la valeur en elle-même, pusqu’elle consitue un ensemble d’écosystèmes complexes. La vie d’épanouit au 11/19. Ce lieu a aussi une valeur pédagogique, puisqu’il permet de constater les bienfaits du recul de l’activité humaine sur la vie des autres espèces.

AIDONS CALLAAN DANS SON COMBAT POUR LA VIE

Nous soulignons fréquemment le travail courageux et indispensable des associations qui viennent en aide aux animaux dans la région, et notamment des amis des chats. L’association Chats-Urges par exemple est particulièrement efficace. Elle est présente dans de nombreux secteurs grâce à un réseau important de bénévoles à l’engagement sans faille. Callaan est l’un des nombreux chats pour lesquels l’association agit.

Calaan, printemps 2014. (image réalisée à partir d'une photo de Facebook)

Calaan, printemps 2014. (image réalisée à partir d’une photo de Facebook)

Les chats sont l’objet d’une sorte de fascination et de mépris à la fois, selon les individus et les lieux. Ils peuvent être traités avec respect,comme des membres de la famille. Mais la grande majorité des chats sont abandonnés, laissés pour compte dans les villes ou à la campagne.

Une des questions qui divisent les associations est celle de l’euthanasie. Nous avons déjà dit qu’il est nécessaire de connaître les pratiques des refuges de son secteur pour savoir ce que deviennent les animaux que l’on secourt. Certains refuges et certaines associations tuent les animaux pour faire de la place passé un certains délai, certains éliminent les animaux jugés trop vieux ou malades.

Derrière cela, il y a la reconnaissance, ou non, du fait que les animaux ont une vie pour eux-même. C’est fondamental.

Callaan est un vieux chat des rues qui a été pris en charge il y a quelques mois par les Chats-Urges. Il est en famille d’accueil longue durée, et ne sera pas proposé à l’adoption. En effet, Callaan est très malade. Il souffre notamment de tumeurs cancéreuses. Il ne pourra pas guérir, mais le but qu’il puisse profiter le plus longtemps possible de sa nouvelle vie. Son protocole de radiothérapie a déjà commencé et le cancer est stabilisé. Calaan devra bientôt débuter un autre cycle de soins. L’association a besoin d’aide pour payer les frais vétérinaires.

Son histoire est racontée à la première personne sur une page facebook qui lui est consacrée. En voici un extrait :

Je m’appelle Callaan pour ceux qui ne me connaissent pas encore et je vais vous raconter mon histoire…

En décembre 2013, j’ai été trouvé dans un hangar. J’avais froid, j’avais faim, j’étais malade et je n’avais plus de force. J’étais décidé à me laisser mourir… Quel choix s’offrait à moi ? J’étais sale, repoussant, j’avais un oeil mort, les humains me regardaient avec mépris, dégoût…On me repoussait, on me donnait des coups de pied pour me chasser, j’étais devenu un objet repoussant.

Je ne me souviens plus exactement de comment c’était avant, avant la rue, avant la douleur, avant la souffrance…Mais, j’ai vécu dans une maison jusqu’au moment ou on s’est lassé de moi, tout simplement…

J’ai du apprendre à survivre…alors qu’on ne m’avait appris qu’à vivre…

Il y a 5 mois, je n’en pouvais plus et j’avais décidé d’arrêter le combat. Je souffrais, je n’avais aucun espoir…J’allais mourir dans ce hangar.
Et puis, j’ai entendu des voix au travers du brouillard et une dame est venu vers moi et lorsque j’ai vu sa main, je me suis replié sur moi même, j’ai cru qu’elle allait me frapper mais comment aurait il pu en être autrement ? Je n’ai reçu que de la souffrance de la part des hommes…
Elle m’a emmené et ma vie a changé ce jour là…
Je me suis retrouvé au chaud en intérieur, on m’a donné à manger, à boire, j’ai vu un grand monsieur: le vétérinaire avec ses grandes mains qui m’ont fait peur…
Il m’a donné des médicaments et j’ai commencé à aller mieux.
J’avais du mal à croire ce qui m’arrivait, tout se passait comme dans un rêve.
Depuis 5 mois, un ange veille sur moi et tout le monde dit qu’il n’y a qu’à voir comment je la regarde pour se rendre compte de la belle complicité qui existe entre nous.

Il y a quelques temps, on s’est aperçu que j’avais de « drôles » de boules à la mâchoire et dans le cou et aujourd’hui, je suis allée dans une super top clinique.
Vous imaginez, moi, le chat des rues rentrer dans une clinique comme ça ???

On m’a endormis, on m’a fait des examens et….
En me réveillant, j’ai vu les larmes autour de moi…
J’ai compris que le rêve allait s’arrêter là…et j’ai eu envie de miauler toute l’injustice que je ressentais…
Pourquoi maintenant ?

La seule façon de me permettre de vivre encore, c’est de faire de la radiothérapie. Sans ça, je serais sans doute mort dans quelques mois d’un cancer généralisé. Il faut que la radiothérapie bloque la propagation des tumeurs cancéreuses et les détruisent.
A ce prix, je pourrais vivre…
Tout ça a un prix, le budget total est de 1200 euros.
C’est juste le prix de ma vie…
Ne me laissez pas mourir, aidez l’association à me sauver, je veux juste encore profiter d’un peu de bonheur…

Les dons sont possibles par virement bancaire et par chèque. Merci de contacter Laura Chats Urges afin d’avoir les coordonnées bancaires ou postales Une cagnotte leetchi a été mise an place:

https://www.leetchi.com/c/association-chats-urges-callaan

Des cartes à cases sont disponibles ainsi que des portes clés à l’effigie de Callaan. Contactez Sensory Blue

LE PARC DES CYTISES A LENS : UNE LOGIQUE DE BASSE-COUR

Le parc des cytises est, avec le Parc de la glissoire, un des principaux lieux de promenade en plein air pour les habitants de Lens. De nombreuses familles s’y rendent le week-end ou pendant les vacances scolaires. C’est un jardin public qui permet de voir des animaux. Mais ce parc n’est pas un espace naturel, tout y est très éloigné de la vie sauvage.

parc des cytises - lensLe parc des Cytises se trouve sur le territoire de la Commune de Bénifontaine, coincé entre l’aérodrome et le centre commercial « Cora Lens 2« . Ce parc est géré par la Communauté d’Agglomération de Lens-Liévin. Il occupe 15 hectares. Plus de 500 animaux appartenant à 85 espèces y sont montrés aux visiteurs.

On peut voir des animaux d’espèces locales comme des daims, des pigeons, des chevreuils, des ânes, des poneys, des chèvres et des faisans. Des espaces sont aussi aménagés pour recevoir des animaux qui vivent dans des régions parfois éloignées. La plupart de ces animaux ne sont pas migrateurs et doivent donc s’acclimater. On citera par exemple les porcs-épics, les aras, les grues royales, les lophophores, les lamas et les paons.

A l’exception des paons qui circulent « librement » dans les allées du parc, tous les animaux sont dans des enclos grillagés, des cages ou des volières. Le nombre des animaux est très important par rapport à la surface du parc. De ce fait, l’espace réservé à chaque animal est vraiment faible. Nous avons évalué la volière des lophophores à 20 mètres carrés. Les porcs-épics disposent quant à eux d’un espace d’environ 30 m2, leur « terrier » est composé de deux tuyaux de bétons partiellement enfouis dans le sol.

La description qui est faite du parc des cytises sur le site internet de l’office de tourisme et du patrimoine de Lens-Liévin énonce que : « Le Parc des Cytises est un de ces lieux privilégiés où se rencontrent l’homme, la flore et la faune. » De fait, le parc est un établissement de présentation d’animaux au public. Il est certain que les animaux ne sont pas -au sens strict- victimes de maltraitance.  Du personnel nourrit les animaux, maintient les lieux dans de bonnes conditions d’hygiène et les services vétérinaires soignent les animaux malades.

Mais les animaux sont en prison et cette situation est évidemment très éloignée de la vie qu’ils auraient dans leurs milieux. Par exemple, un émeu ne peut pas courir dans un espace clos de quelques centaines de mètres carrés, un perroquet ne peut pas prendre son envol dans une volière de 3 mètres de haut. Les animaux ne peuvent tout simplement pas s’épanouir au parc des Cytises.

Les visiteurs, dont beaucoup d’enfants, sont dans une position qui rend impossible la compréhension de la vie des animaux présentés. Les panneaux contiennent des informations contestables et largement centrées sur les humains. On peut lire par exemple devant l’enclos des lamas :« Avant le débarquement des espagnols en Amérique du sud, le lama était le seul animal domestique. Il était utilisé comme bête de somme. » Quel enseignement les visiteurs peuvent-ils tirer de cela en dehors du fait que le lama aurait de tout temps était exploité par les humains? Quel est le mode de vie des lamas en dehors des humains? Les visiteurs n’en sauront rien…

L’accès au parc est gratuit, ce qui en fait un lieu populaire de promenade en famille. Les visiteurs Citadins venus de l’agglomération lensoise n’ont pas accès à la nature en venant là. Le parc des Cytises est une caricature glauque d’espace naturalisé, entouré de grillages et de haies au travers desquelles on peut voir les murs du centre commercial. Tout y est inhospitalier, même les berges en plastique de la mare aux canards sont hostiles à la vie animale. Le gestionnaire du parc parle de ces animaux comme d’un cheptel. Cette expression tirée du vocabulaire agricole traduit bien l’esprit qui domine. Les animaux sont dans des enclos. Les humains circulent dans les allées et passent d’un clapier à un autre. Le parc est une sorte de basse-cour qui renvoie une image tordue de la nature.

LA LEGENDE DE MARIE GROETTE ET DEMAIN

Le Pas de Calais est traversé par de nombreux cours d’eau, des fleuves, des rivières. Les huit proncipaux sont l’Authie, la Ternoise, la Planquette, la Créquoise, le Bras de Brosne, la Lys et l’Aa. La région est aussi criblée de mares, de lacs et d’étangs, qu’ils soient d’origine naturelle ou créés par l’Homme. L’eau est, en plus de la pluie, une préoccupation importante des gens du pas de calais. Un personnage mythique illustre bien cet intérêt. C’est Marie Groette.   

Wateringues, près de Saint Omer. Avril 2014

Wateringues, près de Saint Omer. Avril 2014

L’origine de la légende de Marie Groette est méconnue, et peu nous importe. Ce qui est frappant, c’est qu’elle soit encore si vivace. Grosso modo, les personnes qui ont grandi au sud d’une ligne Etaples-Saint Omer connaissent Marie Groette. La légende raconte que ce personnage féminin guette les enfants qui s’approchent trop près de l’eau et les noie. Pour attraper les enfants, et les maintenir au fond de l’eau, Marie Groette se sert de son « groet« , c’est à dire d’un outil paysan, un croc à quatre dents.

La domestication de l’eau est un enjeu dans le Pas de Calais. Au Nord-Est, les humains ont drainé les sols au moyen de watringues (watergang) pour obtenir des polders. La terre agricole a été arrachée à la mer par la force du travail.  Le groet est donc l’outil qui permettait aux paysans de cultiver le sol riche en matière organique qu’ils avaient gagné sur l’eau. Dans le bassin minier, autrefois, l’eau été pompée du sous-sol pour permettre l’exploitation de la houille. La domestication de l’eau a, de manière générale, amené de la prospérité. Bien entendu, l’eau a bien du faire quelques noyés dans le même temps…

Aujourd’hui encore, les wateringues doivent être entretenus et ajustés pour éviter les inondations. Des controverses existent sur le devenir de certains polder, on imagine que certaines zones doivent redevenir des zones de marais, ce qui crée des conflits d’intérêt. Dans le bassin minier, la gestion de l’eau est un casse-tête, puisqu’elle est à la fois largement polluée et imprévisible. Les sous-sols sont saturés de produits chimiques laissés par les activités humaines. Et puis les mouvements du sous-sol perturbent le cycle de l’eau, effondrant des réservoirs naturels, provoquant des effleurements de la nappe phréatique et allant même jusqu’à modifier le sens du cours des rivières.

Marie Groette est toujours présente dans l’imaginaire des habitants du Pas de Calais. La culture paysanne et les légendes liées à la nature posent, même si c’est de manière confuse, des questions importantes concernant notre milieu. Le tout est de savoir si nous pourrons y trouver l’élan nécessaire à la compréhension de la réalité matérielle, ce qui est indispensable pour faire face aux enjeux de demain.